Événement

Rencontre avec l’Atelier 43 et Laurent Pernel

PRÉSENTATION DU PROJET

La caravane de l’Autre Soie a été réalisée par l’artiste Céleste Gangolphe, avec la participation de bénévoles  du CCO en 2017. Elle symbolise le déménagement du CCO vers la Rayonne. Le chantier de l’Autre Soie est désormais entamé, et notre emblème doit faire écho à ce changement. Pour cela, nous avons fait appel à Laurent Pernel ainsi qu’à l’Atelier 43. Ils ont été sélectionnés suite à l’appel à transformation de notre caravane. Ils entament ainsi une résidence de plusieurs mois au sein du chantier de l’Autre Soie. L’enjeu de ce projet est de détourner des matériaux récupérés du chantier et de s’appuyer sur l’intelligence collective. La Caravane sera un comptoir de rencontres, modulable et accueillante.

 

LAURENT PERNEL

Né en 1973, Laurent Pernel est un artiste plasticien lyonnais. Installation, photographies, vidéos, c’est un artiste pluridisciplinaire travaillant en lien étroit avec la notion de territoire, de lieu. Il enseigne à l’école d’architecture et à l’école des beaux arts de Lyon. Il réalise également des films documentaires avec sa compagne.

ATELIER 43

L’Atelier 43 est créé en 2003. Il devient une SCOP (Société Coopérative de Production) en 2016. Les quatre architectes associés qui la composent sont : Yannick Horffert, Nicolas Ferro, Katerina Mihaylova et Léna Josse. Attachés à l’ancrage de l’architecture dans le territoire, ils mettent leurs compétences diverses au service d’une conception collective de chaque projet. Basés à Lyon, ils s’attachent à développer des projets et des partenariats singuliers. Dans cette interview, L’Atelier 43 est représenté par Katerina Mihaylova.

 

Pourquoi avoir répondu à notre appel à transformation autour du réemploi de matériaux ? 

Laurent Pernel  : L’une des membres de l’Atelier 43 m’a sollicité et m’a présenté l’appel à projet. En tant qu’enseignant, je constate que la question du réemploi est de plus en plus présente mais pas assez développée. Lier un bâtiment patrimonial et une caravane, qui sont deux structures qui n’ont rien à voir, par le réemploi de matériaux était donc excitant pour moi. Je trouve qu’il y a une histoire à écrire autour de ce réemploi. Comment créer du sens, imaginer des usages entre une structure plutôt pérenne et une autre ancrée dans le transitoire. 

Katerina Mihaylova: J’ajouterais sur le réemploi que ce sont des sujets d’actualité, mais qui ont déjà une image prédéfinie qui peut être associée à du bricolage (au sens péjoratif). L’importance pour nous architectes est de montrer que le réemploi peut aussi donner du beau, qu’il n’est pas forcément visible. On veut montrer que le réemploi n’est pas forcément du bricolage mais une méthode à banaliser.

LP: Et puis en ce qui me concerne, j’aime faire bouger les lignes, être un grain de sable. Il y a des frontières à repenser dans ce type de projets. Il s’agit de décloisonner les méthodes opératoires et ré-interroger en interne notre façon de travailler. C’est aussi l’intérêt de ce projet : s’associer et avoir un regard sur nos pratiques. 

KM : Se poser des question demande plus de travail. Il s’agit de sortir de ses habitudes, de sa zone de confort. 

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce projet ?

LP: Travailler avec le CCO, écouter les besoins d’une équipe, peut-être susciter des idées d’occupation de l’espace différentes, dépasser le protocole pour emmener le projet vers des choses imprévues. Et puis, travailler avec le CCO qui redéfinit un lieu, repense le présent et envisage le futur, cela offre un espace temps propice à l’expérimentation.

KM  : D’autant plus que le mot expérimentation est quelque chose qu’on ne peut plus dire ou faire. En tant qu’architecte, on doit toujours savoir ce qu’il va se passer, planifier ce qui va être fait. Alors que là c’est l’inconnu. On ne sait pas ce qui va en sortir. Mais aussi au niveau de l’équipe, ce qui nous anime, c’est le fait de pouvoir toucher et travailler la matière. D’habitude, on est plutôt dans le dessin et le contrôle. Etre dans le faire, c’est super pour un architecte, ça devrait se faire plus souvent. Et après il y a un souci de partage, le fait que ce soit des chantiers plus ouverts, on apprend à faire avec ce qu’on a, et surtout avec les gens qui sont là.

LP: Oui, c’est le lieu propice à l’expérimentation, à des moments de latences. Les nœuds seront plus difficiles à défaire mais notre travail est là. Nous on s’insère dans une histoire, celle du CCO et c’est la démarche de notre projet.

Croquis de la caravane par Laurent Pernel

 

Quelle est votre proposition de transformation de la caravane ?

LP : Tout à l’heure, je disais que l’on s’insère dans une histoire. Il en va de même pour la caravane qui a déjà une histoire. Elle a vécu plein de projets dans différents lieux. Notre idée est de garder la caravane et de la rehausser. D’insérer un élément architectural qui va parler du présent et de l’avenir. On va commencer à la rudoyer, puis la découper pour lui donner plus de hauteur, plus de présence dans l’espace mais aussi plus de qualité de travail pour les personnes qui vont l’occuper. Cela va en faire un objet singulier, puisque ça va être le dessin d’une caravane mais on verra bien que c’est un objet transformé.

croquis de la caravane par Laurent Pernel

 

 

  • Un mot sur le projet ou votre vision du projet Autre Soie ?

LP : C’est un regard citoyen que nous donnons, et c’est en cela que la ville de demain va se construire. Le but est que l’on passe de l’expérimentation à du commun. On a besoin collectivement de se ré-approprier les usages et la construction de la ville. En vivant à Villeurbanne, je constate la quantité de chantiers en cours. Mais il y a un tel empressement à construire que ça défigure la ville. Ici, à La Rayonne, on ressent une respiration.

Photo de l’ancienne caravane lors d’une édition du festival Mémoire Vive