Événement

Interview de Fernanda Leite

Après plus de 20 années de direction du CCO, vous partirez fin 2021 à la retraite. Qu’est-ce que vous en retiendrez, au final, de cette expérience ?

La force du projet et de l’héritage du CCO, avec cette excellence des rencontres. Il y a ici une conviction profonde que chaque personne est une ressource et qu’elle est égale en droits et en dignité. Ce qui m’a toujours marqué au CCO, c’est cette diversité incroyable de personnes venant de tout horizon. C’est aussi ce rapport entre art et société qui se fabrique au quotidien, à travers des liens qui se tissent. Cela se fait notamment avec la présence des artistes au quotidien : ils partagent les bureaux, construisent des résidences longues et mènent des ateliers avec les habitants. Le rapport artistique n’est pas que dans le spectacle, il doit être le socle de la quotidienneté des rapports. C’est un souffle inspirateur, il vient dessiner des possibles en chacun.

 

Que souhaitez-vous pour la suite du CCO qui va devenir La Rayonne en 2023 ?

La Rayonne va décupler tout ce potentiel. Elle s’appuie sur l’héritage fort du CCO et se construit aussi par son occupation temporaire ouverte en 2018. Cette activation du territoire en amont – un process long et participatif – en constitue une chance inouïe ; La Rayonne est un équipement qui s’invente ainsi en méthode itérative et avec son environnement. Nous n’aurons pas à partir de rien avec le public. Nous cheminons déjà avec les personnes et nos partenaires et le jour où l’on inaugurera La Rayonne, elle sera déjà un peu à eux. En existant par les liens qu’il établit, l’équipement est là avant même qu’il ne soit construit et je trouve cela magnifique.

 

Avec presque 60 ans d’existence, le CCO a toujours su accompagner les changements. Qu’est-ce que cela implique quand on en est à la direction ?

Il faut savoir laisser de la place pour ce qui arrive. C’est un état d’esprit. Cette place vide permet à de nouvelles forces motrices de se libérer. Un monde à inventer a besoin de personnes en capacité d’accueillir et de contribuer. Et c’est une aventure à porter collectivement.

C’est aussi un état de résilience. Lorsque le CCO a appris en 2013 qu’il allait devoir quitter la rue Courteline, il est parti de cette contrainte pour rêver un nouveau projet qui s’appuie sur les forces présentes et qui se projette dans les besoins de la société de demain. Pour cela, il faut aussi prendre en compte que c’est un équipement fondamentalement mutualisé. Il part des envies des personnes et il est une ressource pour eux. Le taux d’occupation des espaces du CCO a toujours été élevé.

Il faut aussi prendre en compte que les ressources publiques s’appauvrissent. Quand on œuvre dans l’intérêt général, il y a tout à réinventer. Comment générer de nouvelles recettes sans perdre de vue sa mission ?

Je dirais enfin que le CCO a depuis toujours réussi un double aspect paradoxal : les gens parlent du CCO comme leur maison, parce qu’ils y ont fait leurs fêtes, leurs luttes, leurs rencontres. Mais en même temps, le CCO ne se dissout pas dans ça, il a sa propre personnalité et cela rejoint l’histoire de l’hospitalité. Comment l’autre, en accueillant, accepte de se transformer et de devenir un peu de ce qu’il reçoit ? C’est une force dans l’identité du CCO.

 

Quelles sont vos raisons de croire que ce projet réussira ?

Le CCO est capable de partir de zéro, depuis des herbes folles. Rien ne nous est acquis. Nous pouvons aujourd’hui dire que l’ensemble des partenaires publics répondent présent pour soutenir La Rayonne. C’est aussi la confiance nouvelle que nous manifestent des partenaires privés, notamment au travers du mécénat. Nous sommes à ce jour à 90% de nos objectifs financiers d’investissement.

Dans notre nouveau modèle économique, la mixité de nos financements nous rend plus libre. Cela nous donne une légitimité qui n’est pas seulement acquise par les pouvoirs publics mais obtenue aussi grâce à l’économie générée en propre.

Enfin, La Rayonne répond aux besoins de notre territoire, elle participe à la création d’un imaginaire partagé, un espace commun inclusif. C’est un équipement pluridisciplinaire et qui a la chance d’avoir une grande diversité dans ses publics. Un lieu de vie, de rencontres et de travail mutualisé avec différentes équipes artistiques et un écosystème économique, citoyen et solidaire présent dans sa pépinière.