Pratiques interculturelles et institutions patrimoniales


Depuis début 2012 la recherche-action connaît une nouvelle étape. Le CCO et le Centre Max Weber ont répondu à l’appel à projet du Ministère de la Culture et de la communication intitulé Pratiques interculturelles dans les institutions patrimoniales, placé sous la responsabilité scientifique du GIS-IPAPIC.

 

Le projet proposé a pour titre Pratiques (inter)-culturelles et institution d’un patrimoine. 50 ans d’activité au CCO Jean-Pierre Lachaize de Villeurbanne. Le comité de pilotage de la recherche-action, alors augmenté de nouveaux membres, entend décaler le questionnement de l’appel à projet en proposant l’idée suivante : plutôt que d’étudier les pratiques interculturelles dans les institutions patrimoniales, il s’agit de penser l’institution d’un patrimoine au CCO à partir des pratiques (inter-)culturelles.

Comment les pratiques se sont sédimentées pour faire patrimoine ? Comment s’institutionnalisent des modes de faire et des valeurs de l’ordre de l’interculturel ?

Le dispositif de recherche poursuit la démarche de recherche-action déjà engagé : c’est à dire un principe de co-construction de la démarche. Il ne s’agit pas de faire une recherche sur le CCO, la recherche est une action et l’objet d’actions du CCO lui-même et au delà de ses partenaires (notamment le RIZE).

 

 

« Dans la perspective de son cinquantenaire en 2013, le CCO a engagé une recherche-action sur les dynamiques interculturelles qui l’animent. Alors que la question posée est celle de la transformation des institutions et de leurs pratiques, l’expérience du CCO apparaît comme particulièrement riche et propice à décaler les problématiques plus classiques pensées à partir des institutions ayant une mission patrimoniale première.La présente proposition vise à comprendre un processus singulier de patrimonialisation de pratiques interculturelles.

Premièrement il s’agit de voir comment les pratiques sédimentent un patrimoine, institutionnalisent un lieu, des modes de faire et des valeurs de l’ordre de l’interculturel. De ce point de vue le patrimoine est moins saisit comme un objet que comme une activité.

Deuxièmement, partir des pratiques impose de ne pas présupposer d’emblée ce que sont les « cultures » en présence, ni de les concevoir comme des entités bien délimitées qu’il s’agirait de faire dialoguer.

A partir de ce terrain, qui sera mis en regard d’autres lieux et expériences, on aimerait ouvrir la boîte des processus complexes de la construction culturelle, nécessairement interculturelle et de leur possible patrimonialisation. Le dispositif de recherche-action co-construit vise à rendre sensible les modalités de construction du commun et à rendre transposable cette expérience plutôt qu’à la figer »

La recherche comporte deux niveaux étroitement imbriqués :

  • D’une part, on cherche à comprendre les pratiques à l’œuvre hier et aujourd’hui : saisir les continuités et transformations dans le temps qui ont permis de construire des dynamiques interculturelles, et comprendre la nature même de ces dynamiques et leurs effets. (approche historique, artistique, sociologique, anthropologique).

  • D’autre part, on analyse ce processus même de retour sur expérience que le CCO fait au prétexte de ses 50 ans. Il s’agit de voir comment le CCO s’inscrit dans une logique de patrimonialisation de ce qu’il est, d’identification et de réaffirmation de ce à quoi il tient. La recherche constituant l’une des pratiques de patrimonialisation à l’œuvre au CCO à inclure dans l’observation.

Parallèlement ces processus seront mis en regard d’autres lieux et expériences.

Le comité de pilotage

Un comité de pilotage s’est constitué dès 2008. Sa composition mêlant chercheurs, institutions, réseaux associatifs, militants du CA, directrice du CCO et artistes révélait dès le départ la volonté d’élargir le processus de la recherche-action à une pluralité d’acteurs.

Fernanda Leite

Directrice du CCO depuis 1998, elle a exercé des nombreuses années comme directrice de théâtre. Elle est membre du comité pédagogique et enseigne à l’université Lyon 2 au sein du master 2 Développement culturel et direction de projets. Elle collabore également avec le Master InPACT de la faculté de Sociologie l’Université Jean Monnet (Saint-Etienne). Son mémoire de recherche de DEA s’est intéressé aux rapports entre expression artistique traditionnelle/patrimoine/création et politiques publiques. Son mémoire de DESS à la faculté de Sociologie de l’Université Lyon2 a interrogé la place de la diversité culturelle dans l’espace public. Dans le cadre de son travail au CCO elle a été à l’initiative de plusieurs recherche-actions autour des problématiques qui touchent l’action du CCO.

Benjamin Vanderlick

Ethnologue et photographe indépendant, de 2005 à 2009, il a animé le réseau régional "Traces en Rhône-Alpes- forum régional des mémoires d’immigrés" en tant que chargé de mission action culturelle & recherche. Depuis 2006, il a réalisé plusieurs études et rapports ethnologiques sur la valorisation des mémoires sociales, de l’immigration et des conflits ainsi que sur les rôles des lieux de mémoire associés à ces notions. Ses intérêts se portent également sur la reconnaissance dans l’histoire et le patrimoine local des pratiques culturelles populaires. Les sujets et la réflexion anthropologiques qui l’animent se retrouvent dans ses projets photographiques.

Anne Aubry

Doctorante en sociologie/anthropologie, UJM de Saint-Etienne, CMW. Aubry Anne a suivi un cursus en philosophie (obtention d’une maîtrise à l’Université Lyon III), puis a obtenu le Master 2 Mention Médiation et Construction des identités collectives, Spécialité Politiques sociales et développement territorial, parcours InPACT (Ingénierie de Projet, Action Communautaire et Territoires) à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne.

Fabienne Tanon

Maître de conférences en psychologie interculturelle à l’ENS et est membre du Centre Max Weber. Fabienne Tanon a travaillé sur les migrations africaines, en particulier celles des mineurs isolés étrangers, à la fois dans un cadre de recherche universitaire, mais aussi dans un cadre humanitaire, pour des missions dans le cadre de la Décennie Mondiale du Développement Culturel de l’UNESCO (DMDC) ou pour la Croix Rouge française. Ses travaux l’ont menée à interroger les identités culturelles à la croisée des parcours de migrations d’enfants ou adolescents comme d’adultes.

Claire Autant-Dorier

Enseignant-chercheur en sociologie, membre du Centre MaxWeber, maître de conférences à l’UJM à Saint-Etienne, responsable du Master InPACT (Ingénierie de Projet, Action communautaire et Territoire). Claire Autant-Dorier a travaillé, à la suite de sa thèse sur les réseaux de migrants entre la France et la Turquie, sur la problématique de la reconnaissance des minorités et conduit des travaux dans le cadre de dispositifs de recherche impliquée.

Geneviève Gibert

Membre du Conseil d’Administration du CCO et militante associative, elle a occupé le poste d’Assistante Sociale de 1966 à 1985 aux Buers, et de 1989 à 2006 aux Minguettes à Villeurbanne.

Xavier de la Selle

Directeur du Rize depuis son ouverture en 2008. Le Rize a noué des liens étroits avec le CCO, notamment dans le cadre de son projet de recherche-action sur l’histoire et la mémoire de ce lieu. Le Rize est associé au travail scientifique et culturel effectué et pourra lui apporter en temps voulu une caisse de résonnance.

Michel Rautenberg

Anthropologue et professeur de sociologie à l’Université Jean Monnet (UJM) de Saint-Etienne, directeur adjoint du Centre Max Weber (CMW). Michel Rautenberg est spécialiste des questions patrimoniales.

Olivier Chatelan

Professeur agrégé, il a intégré le comité pour l’étape historique fin 2010, historien, chercheur associé au Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes (LARHRA). Olivier Chatelan est l’auteur d’une thèse sur « Les catholiques et la croissance urbaine dans l’agglomération lyonnaise pendant les Trentes Glorieuses (1945-1975).

Dominique Belkis

Maître de conférences à UJM à Saint-Etienne, responsable du Master « sociologie et anthropologie », membre du CMW. Après une thèse sur la construction des identités ethniques dans les Balkans, elle travaille depuis plus de dix ans sur la figure contemporaine du migrant que sont les réfugiés et les demandeurs d’asile. Elle a par ailleurs dirigé un programme de recherche intitulé « Travail de mémoire, mémoire partagée » dans le cadre du premier Programme de Recherche Territorialisées Rhône-Alpes 2005-2008 et co-dirige actuellement un séminaire de recherche « Pragmatique de la mémoire » au sein du Centre Max Weber où elle s’intéresse plus particulièrement aux formes expressives de la mémoire.